Après les subprimes, les "hedge funds" ?

Le "trou noir de la finance mondiale". C'est ainsi que Daniel Lebègue, ex-patron de la Caisse des dépôts et président de l'institut français des administrateurs, qualifie les "hedge funds", autrement dit les fonds d'investissement spéculatifs. Dans une interview accordée, le 11 octobre, au site économique Globalix, Lebègue avoue sa crainte qu'une "défaillance en chaîne des hedge funds n'ouvre une nouvelle faille dans le système financier".

natixis_caceis_banque_subprimes_hedge_funds_paulson_lebegue_caisse_des_depots_credit_agricole_credits_globalixEn juillet dernier, ces fonds géraient environ 2 000 milliards de dollars d'actifs, soit l'équivalent du montant des subprimes, les fameux crédits hypothécaires pourris à l'origine de la crise... Or, bien que les "hedge funds" se nourrissent de la crise ( et l'amplifient), en spéculant sur la baisse des valeurs, ces sympathiques outils financiers abritent aussi des actifs à haut risque.

Et, en cas d'effondrement de la valeur desdits actifs, peu de chances que les banques ou les Etats jouent, cette fois, les sauveurs. Ces fonds obéissent à des réglementations particulièrement laxistes et sont souvent gérés depuis des paradis fiscaux comme les Caïmans, les îles Vierges ou les Bermudes.

Or, confie un banquier new-yorkais, de plus en plus de clients de ces "hedge funds" - pour un tiers, banques et assurances; un tiers, particuliers (très) fortunés; un tiers, organismes de placement - en mal d'argent frais cherchent aujourd'hui à récupérer leurs billes. "Les demandes actuellement enregistrées , indique-t-il, atteignent de 30 à 40% des actifs", soit de 600 à 800 millions de dollars. Tout juste le montant du plan Paulson.
Si ces mouvements de retrait s'amplifient encore, certains risquent de ne pas revoir la couleur de leur argent. Pour tout arranger, beaucoup de banques françaises ont confié des capitaux à ces fonds spéculatifs. Ainsi Caceis, filiale commune de Natixis et du Crédit agricole, se vantait, dans une brochure interne distribuée il y a encore quelques semaines à sa clientèle, d'être le "huitième administrateur de "hedge funds" aux Etats-Unis" et d'occuper "une place forte de fonds offshore", à savoir les Bermudes !

Lors d'une réunion de banquiers en milieu de semaine dernière, à Londres, ces fonds d'investissement spéculatifs étaient au centre de toutes les inquiétudes et les noms de deux grands établissements français ( autres que les actionnaires de Caceis), particulièrement exposés, ont été cités. C'est encore l'Etat qui va combler ce nouveau "trou noir" ?


Article extrait du Canard Enchainé


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