Le gouvernement français maintiendra le bouclier fiscal malgré les voix qui s'élèvent au sein de la majorité pour mettre à contribution les hauts revenus en signe de solidarité face à la crise économique, a déclaré le ministre du Budget Eric Woerth, mardi 17 mars sur Europe 1."Il y a deux ans, on a arrêté le bouclier fiscal à 50%. On ne va pas changer d'avis tous les quatre matins (...) Bien sûr, on maintient le bouclier fiscal", a-t-il affirmé.
Le ministre du Budget répondait ainsi aux voix dans la majorité qui ont demandé, lundi, de revenir sur la mesure-symbole de la politique budgétaire sarkozyste qui limite l'impôt à 50% des revenus, deux jours avant l'examen du collectif budgétaire actant la récession.
Selon un bilan du dispositif réalisé par le ministère de l'Economie et cité par Les Echos et Le Figaro mardi 17 mars, ce sont quelque 14.000 foyers fiscaux qui ont bénéficié d'un remboursement en 2008 au titre du bouclier fiscal plafonnant l'impôt à 50% des revenus, pour un coût total de 458 millions d'euros.
33.000 euros de gains par foyer
Toujours selon les chiffres du ministère de l'Economie, rapportés mardi par Le Figaro et Les Echos, le gain moyen par foyer a bondi à 33.000 euros par foyer l'an dernier, contre 16.000 euros en 2007. Le coût global du bouclier fiscal, voté en juillet 2007, avait été estimé à 625 millions d'euros par la ministre de l'Economie Christine Lagarde.
Le nombre de bénéficiaires est en revanche resté stable sur les deux années alors que le plafonnement fixé à 60% des revenus initialement a été ramené à 50% par Nicolas Sarkozy, soulignent Les Echos.
"Faire participer les très hauts revenus à l'effort national"
En outre, le président de la commission des Affaires sociales, Pierre Méhaignerie (UMP), pourrait mercredi défendre un amendement pour "faire participer les très hauts revenus à l'effort national".
"On peut imaginer une contribution exceptionnelle portant sur les revenus supérieurs à 300.000 euros par an", limité à deux ans et pour "financer le fonds d'investissement social proposé par la CFDT", détaille Pierre Méhaignerie, ex-centriste lui aussi.
Il assure qu'il ne s'agit pas de revenir sur l'ensemble du "paquet fiscal" (détaxation des heures supplémentaires...), dénoncé par la gauche.
L'élu UMP a le soutien du député Nouveau centre Charles de Courson qui estime "juste" que "les revenus les plus élevés contribuent davantage à venir en aide à ceux de nos concitoyens qui sont victimes de la crise".
Ramener le bouclier fiscal "à 60% le temps de la crise"
Dans un entretien aux Echos, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a préconisé, lui, de ramener le bouclier fiscal "à 60% le temps de la crise". "C'est une mesure juste sur le plan social qui permet de faire contribuer les plus favorisés d'entre nous à l'effort collectif", a-t-il dit, tout en proposant d'augmenter "de manière transitoire" le taux de la plus haute tranche de l'impôt sur le revenu à 45%.
En revanche, suspendre totalement le bouclier fiscal n'a pas ses faveurs, "par souci d'équilibre entre l'exigence économique et l'exigence sociale". "Le travail doit être récompensé. Mais il faut trouver un juste équilibre", a-t-il fait valoir.
"On a besoin des gens fortunés"
En revanche, le patron des députés UMP Jean-François Copé rejette "une mauvaise réponse à la crise que nous devons affronter". "La proposition de Pierre Méhaignerie n'aura aucun effet sur l'investissement et l'emploi," a-t-il déclaré au site lepoint.fr, et pourrait au contraire "porter atteinte à notre compétitivité et encourager les délocalisations". "Cette proposition n'a pour seule visée qu'une approche qui consiste à tomber dans le piège que la gauche veut nous tendre", a poursuivi Jean-François Copé. "Je n'ai jamais pensé un instant qu'en augmentant les impôts de ceux de nos compatriotes qui en payent déjà énormément, on réglerait le problème." Et de conclure : "En temps de crise, on a besoin de gens fortunés."
Article extrait du Nouvel Obs





