La République a un coût elevé. Au début des années 90, une première salve de lois a contribué à apurer les comptes. Financement public de la vie politique, plafonnement des dépenses de campagne électorale, commission de contrôle aux pouvoirs d'investigation étendus... de premières mesures bienvenues ont été adoptées.
Et de gauche à droite, d'Henri Emmanuelli à Alain Juppé, une batterie d'anciens trésoriers, de grands argentiers plus ou moins occultes, et quelques uns de leurs amis financiers, ont été invités à visiter les prétoires pour illustrer ce changement d'époque.
En cet automne où l'on solde les années Chirac, le renvoi de l'ancien président devant le tribunal correctionnel fait office de bouquet. Dès lors que l'Hôtel de Ville de la capitale tenait lieu de tiroir caisse pour un camp politique, et prenait soin de distribuer quelques pourboires ( chauffeurs, voitures de fonction, etc) à une poignée d'élus de l'opposition dûment choisis, impossible d'imaginer que le parrain du "système" passe entre les gouttes quand tous ses lieutenants tombaient un à un. Pour autant, la démocratie française n'est pas encore "passée de l'ombre à la lumière", pour reprendre le mot du formidable Jack Lang; tout juste de la nuit noire à la grisaille.
Certes, les emplois fictifs et pots-de-vin à l'échelle industrielle d'antan ne sont plus de mise. Cette fois, c'est sûr, Jean Claude Méry, ce truculent financier à bretelles qui déballait ses bagages dans les bureaux de la Chiraquie, est bien mort et enterré! Voici venu le temps des petits artisans, durs à la tâche et capables de dégoter des trésors... d'ingéniosité pour combler leurs fins de mois difficiles. Les hypermarchés de la corruption ont fermé, le petit commerce, lui, est encore florissant.
Nombre d'élus sont passés de l'ère de la tambouille, grande gamelle collective où droite et gauche venaient piocher, à celle de la débrouille, des enveloppes, avantages en nature et cumul de mandats, pratique d'excellence hexagonale qui vise surtout à cumuler les revenus.
De périlleux allers et retours entre public et privé, par exemple entre l'écharpe tricolore et la robe d'avocat, complètent ce sombre tableau. Transformer son carnet d'adresses de parlementaire sensible aux lobbies en clientèle de consultant une fois son mandat achevé, voilà une coutume dont nul ne s'offusque vraiment. Or, ne nous trompons pas, si le scandale des notes de frais qui a ébranlé la vie politique britannique n'est pas possible de ce côté-ci de la Manche, ce n'est que parcequ'on ne demande pas suffisamment de comptes à nos parlementaires sur l'usage qu'ils font des deniers publics. Les excès des traders, banquiers et autres gros poissons en tout genre du capitalisme financier sont venus récemment nous rappeler à quel point les politiques qui franchissent la ligne jaune ne sont que des gagne-petit, de fort modestes fraudeurs, bref du menu fretin.
Sans doute faut-il les doter enfin d'un véritable statut de l'élu, avec une rémunération conséquente à la clef, pour les forcer à la transparence absolue, et en faire d'indiscutables vertueux.
source: Marianne
Et de gauche à droite, d'Henri Emmanuelli à Alain Juppé, une batterie d'anciens trésoriers, de grands argentiers plus ou moins occultes, et quelques uns de leurs amis financiers, ont été invités à visiter les prétoires pour illustrer ce changement d'époque.En cet automne où l'on solde les années Chirac, le renvoi de l'ancien président devant le tribunal correctionnel fait office de bouquet. Dès lors que l'Hôtel de Ville de la capitale tenait lieu de tiroir caisse pour un camp politique, et prenait soin de distribuer quelques pourboires ( chauffeurs, voitures de fonction, etc) à une poignée d'élus de l'opposition dûment choisis, impossible d'imaginer que le parrain du "système" passe entre les gouttes quand tous ses lieutenants tombaient un à un. Pour autant, la démocratie française n'est pas encore "passée de l'ombre à la lumière", pour reprendre le mot du formidable Jack Lang; tout juste de la nuit noire à la grisaille.
Certes, les emplois fictifs et pots-de-vin à l'échelle industrielle d'antan ne sont plus de mise. Cette fois, c'est sûr, Jean Claude Méry, ce truculent financier à bretelles qui déballait ses bagages dans les bureaux de la Chiraquie, est bien mort et enterré! Voici venu le temps des petits artisans, durs à la tâche et capables de dégoter des trésors... d'ingéniosité pour combler leurs fins de mois difficiles. Les hypermarchés de la corruption ont fermé, le petit commerce, lui, est encore florissant.
Nombre d'élus sont passés de l'ère de la tambouille, grande gamelle collective où droite et gauche venaient piocher, à celle de la débrouille, des enveloppes, avantages en nature et cumul de mandats, pratique d'excellence hexagonale qui vise surtout à cumuler les revenus.
De périlleux allers et retours entre public et privé, par exemple entre l'écharpe tricolore et la robe d'avocat, complètent ce sombre tableau. Transformer son carnet d'adresses de parlementaire sensible aux lobbies en clientèle de consultant une fois son mandat achevé, voilà une coutume dont nul ne s'offusque vraiment. Or, ne nous trompons pas, si le scandale des notes de frais qui a ébranlé la vie politique britannique n'est pas possible de ce côté-ci de la Manche, ce n'est que parcequ'on ne demande pas suffisamment de comptes à nos parlementaires sur l'usage qu'ils font des deniers publics. Les excès des traders, banquiers et autres gros poissons en tout genre du capitalisme financier sont venus récemment nous rappeler à quel point les politiques qui franchissent la ligne jaune ne sont que des gagne-petit, de fort modestes fraudeurs, bref du menu fretin.
Sans doute faut-il les doter enfin d'un véritable statut de l'élu, avec une rémunération conséquente à la clef, pour les forcer à la transparence absolue, et en faire d'indiscutables vertueux.
source: Marianne





