Grande première dans la glorieuse histoire militaire, l'armée française vient de mettre en vente ses moyens de télécommunications par satellite. "Ce n'est pas une opération banale", avoue, un brin embarrassé, un conseiller d'Hervé Morin, ministre de la Défense. Il ajoute même: "C'est un peu iconoclaste..."
Un peu ? Le programme de satellites militaires "Syracuse" passera, en 2011, dans les mains d'une société privée. Probablement Astrium, filiale à 100% d'EADS. A moins que ce ne soit Thalès, également sur les rangs mais moins bien placée. Ensuite, le nouveau propriétaire de Syracuse se fera un plaisir de le louer aux armées françaises. Si ce n'est pas une privatisation, ça y ressemble. A Colombey, le Général a dû se retourner dans sa tombe. Et les militaires de haut rang n'en sont toujours pas revenus.
Le 29 mai dernier, lors de la réunion de la Commission exécutive permanente - une instance qui contrôle des programmes d'armement créée par... de Gaulle, en 1963 -, les représentants des états-majors ont été fermement invités à valider, dans le plus grand secret, une décision prise par Sarkozy quinze jours auparavant. Pour couper l'herbe sous les rangers de tous ces scrogneugneux, Georgelin, le patron des armées, et Collet-Billon, le délégué général pour l'armement, avaient été convoqués à l'Elysée. En présence de Cécile Fontaine, la conseillère Défense du Château, Sarko a annoncé sa décision. Rompez. Le pauvre Morin n'était pas invité et n'a pas eu son mot à dire.
Comme il lui manque encore 600 millions pour boucler la loi de programmation militaire 2009-2014, le ministre de la Défense ne fera pas le difficile. Car ces bibelots du programme Syracuse valent une petite fortune. Ils ont coûté 3 milliards depuis 1980. Et la valeur des deux satellites encore en activité est estimée à 400 millions. Prix demandé et - semble-t-il - accepté par Astrium. Devenue propriétaire (mais, tout de même, sans le droit de revendre, par exemple, au hasard, àl'Iran...), la société facturera à l'armée le coût de ses communications et pourra également avoir d'autres clients. "Compte tenu du prix de vente et des loyers prévisibles, c'est une bonne affaire", assure un proche de Morin.
Mais aussi une affaire d'Etat. Car cette privatisation des communications tactiques opérationnelles, domaine sensible, s'il en est, n'a fait l'objet d'aucun débat, ni au Parlement ni ailleurs. "On ne change pas d'orientation comme ça, sur un coin de table", s'étrangle un général trois étoiles. La maîtrise de nos communications, c'était un principe gravé dans le marbre !"
Et les questions qui fâchent ne manquent pas. En cas de liaisons défectueuses pendant une opération de guerre, comme celle du col d'Uzbin, en Afghanistan, qui sera responsable ? L'armée ou la société privée ? Comment garantir la confidentialité, voire le "secret-défense" ? Par un simple ontrat commercial ? Autant de sujets qui vont faire causer dans la Grande Muette.
source: le Canard enchainé
Un peu ? Le programme de satellites militaires "Syracuse" passera, en 2011, dans les mains d'une société privée. Probablement Astrium, filiale à 100% d'EADS. A moins que ce ne soit Thalès, également sur les rangs mais moins bien placée. Ensuite, le nouveau propriétaire de Syracuse se fera un plaisir de le louer aux armées françaises. Si ce n'est pas une privatisation, ça y ressemble. A Colombey, le Général a dû se retourner dans sa tombe. Et les militaires de haut rang n'en sont toujours pas revenus.Le 29 mai dernier, lors de la réunion de la Commission exécutive permanente - une instance qui contrôle des programmes d'armement créée par... de Gaulle, en 1963 -, les représentants des états-majors ont été fermement invités à valider, dans le plus grand secret, une décision prise par Sarkozy quinze jours auparavant. Pour couper l'herbe sous les rangers de tous ces scrogneugneux, Georgelin, le patron des armées, et Collet-Billon, le délégué général pour l'armement, avaient été convoqués à l'Elysée. En présence de Cécile Fontaine, la conseillère Défense du Château, Sarko a annoncé sa décision. Rompez. Le pauvre Morin n'était pas invité et n'a pas eu son mot à dire.
Comme il lui manque encore 600 millions pour boucler la loi de programmation militaire 2009-2014, le ministre de la Défense ne fera pas le difficile. Car ces bibelots du programme Syracuse valent une petite fortune. Ils ont coûté 3 milliards depuis 1980. Et la valeur des deux satellites encore en activité est estimée à 400 millions. Prix demandé et - semble-t-il - accepté par Astrium. Devenue propriétaire (mais, tout de même, sans le droit de revendre, par exemple, au hasard, àl'Iran...), la société facturera à l'armée le coût de ses communications et pourra également avoir d'autres clients. "Compte tenu du prix de vente et des loyers prévisibles, c'est une bonne affaire", assure un proche de Morin.
Mais aussi une affaire d'Etat. Car cette privatisation des communications tactiques opérationnelles, domaine sensible, s'il en est, n'a fait l'objet d'aucun débat, ni au Parlement ni ailleurs. "On ne change pas d'orientation comme ça, sur un coin de table", s'étrangle un général trois étoiles. La maîtrise de nos communications, c'était un principe gravé dans le marbre !"
Et les questions qui fâchent ne manquent pas. En cas de liaisons défectueuses pendant une opération de guerre, comme celle du col d'Uzbin, en Afghanistan, qui sera responsable ? L'armée ou la société privée ? Comment garantir la confidentialité, voire le "secret-défense" ? Par un simple ontrat commercial ? Autant de sujets qui vont faire causer dans la Grande Muette.
source: le Canard enchainé





