Nicolas Sarkozy , en bon patron de l'audiovisuel, vient de garantir aux télés privées un monopole publicitaire. Il s'emploie aujourd'hui à finir d'annexer le service public, pas encore assez servile. D' ou son annonce de la semaine dernière : le prochain président de France Télévisions sera nommé par lui et personne d'autre. Un obligé qui servira, en quelque sorte, de garant de la... dépendance de la télé. Décryptage.
Pour atteindre son objectif, Sarkozy ose tout. 1/ Il donne du grain à moudre à l'opposition, qui dénonce le retour aux années 60, au moment ou il a besoin d'elle pour passer sa réforme constitutionnelle. 2/ Il torpille le conseil supérieur de l'audiovisuel ( CSA ), censé mettre distance entre télévision et politique. 3/ Ce faisant, il prend le risque d'être censuré par le conseil constitutionnel, qui estime que l'on ne peut pas revenir sur une liberté acquise.
Qu'importent ces broutilles, le Président veut être le seul patron. Il a ridiculisé jean-françois Copé, placé par lui, voilà quatres mois, à la tête d'une commission sur l'avenir de l'audiovisuel public. A peine ses conclusions rendues, Sarkozy s'asseyait dessus. "Il avait envie de faire un truc qui ramène les projecteurs sur lui. Je trouve ça dommage , ça a occulté le reste", grince Copé.
Les Bogdanoff conseillers de l' Elysée
Sarkozy est aussi convaincu qu'il lui revient de définir les programmes de la télé, de même qu'il s'est déjà occupé de ceux des écoles... Il a aussi ses marottes : plus d' Europe , plus de sciences, comme l'en ont convaincu ses amis les frères Bogdanoff, récemment reçus à l'Elysée. "Une immixtion proprement scandaleuse. France Télévisions n'est pas la pour satisfaire les goûts personnels de tel ou tel. Si cela se passe comme ça pour les programmes , qu'est ce que ça va être pour l'info? " , s'étrangle le producteur nicolas Traube.
Pour que la future télé publique réponde à ses voeux, une profonde restructuration est nécessaire. Sarko ne cesse de la réclamer. " 11 000 personnes, 29 sociétés , vous vous rendez compte ! Est ce que le service public a vraiment besoin de tout ça ?", s'interroge, faussement ingénu , l'un de ses conseillers. Si l'actuel patron de France Télévisions, qui applaudit chaque mauvais coup, pousse le masochisme jusqu'à vouloir faire le sale boulot, pourquoi pas.
Patrick de Carolis sera d'autant plus acculé à restructurer que l'argent va manquer. Sarko a simplifié l'usine à gaz montée par la comission Copé. Ne demeurent, pour compenser la suppression de la pub, qu'une taxe de 0,9% sur le chiffre d'affaires des opérateurs de téléphonie et d'internet, et une autre sur les recettes publicitaires des chaines privées. Au total, 530 millions.
Cela ne suffira pas. Surtout si les opérateurs de télécoms sortent victorieux de la bataille de lobbying qu'ils vont mener à Bruxelles et à l'assemblée contre cette taxation.
"La vérité, c'est qu'en 2012 le prochain président de la République augmentera la redevance", convient-on à l'Elysée. Mais avant d'arroser, demain, le service public sarkozyen, il faut d'abord le paupériser avec cynisme. Une fois la cure d'amaigrissement terminée et un nouveau patron bien choisi, le président Sarko, coprince d'Andorre et tsar de toutes les télés, sera vraiment le roi.
Article par jean-michel Thénard, extrait du Canard Enchainé
Pour atteindre son objectif, Sarkozy ose tout. 1/ Il donne du grain à moudre à l'opposition, qui dénonce le retour aux années 60, au moment ou il a besoin d'elle pour passer sa réforme constitutionnelle. 2/ Il torpille le conseil supérieur de l'audiovisuel ( CSA ), censé mettre distance entre télévision et politique. 3/ Ce faisant, il prend le risque d'être censuré par le conseil constitutionnel, qui estime que l'on ne peut pas revenir sur une liberté acquise.Qu'importent ces broutilles, le Président veut être le seul patron. Il a ridiculisé jean-françois Copé, placé par lui, voilà quatres mois, à la tête d'une commission sur l'avenir de l'audiovisuel public. A peine ses conclusions rendues, Sarkozy s'asseyait dessus. "Il avait envie de faire un truc qui ramène les projecteurs sur lui. Je trouve ça dommage , ça a occulté le reste", grince Copé.
Les Bogdanoff conseillers de l' Elysée
Sarkozy est aussi convaincu qu'il lui revient de définir les programmes de la télé, de même qu'il s'est déjà occupé de ceux des écoles... Il a aussi ses marottes : plus d' Europe , plus de sciences, comme l'en ont convaincu ses amis les frères Bogdanoff, récemment reçus à l'Elysée. "Une immixtion proprement scandaleuse. France Télévisions n'est pas la pour satisfaire les goûts personnels de tel ou tel. Si cela se passe comme ça pour les programmes , qu'est ce que ça va être pour l'info? " , s'étrangle le producteur nicolas Traube.
Pour que la future télé publique réponde à ses voeux, une profonde restructuration est nécessaire. Sarko ne cesse de la réclamer. " 11 000 personnes, 29 sociétés , vous vous rendez compte ! Est ce que le service public a vraiment besoin de tout ça ?", s'interroge, faussement ingénu , l'un de ses conseillers. Si l'actuel patron de France Télévisions, qui applaudit chaque mauvais coup, pousse le masochisme jusqu'à vouloir faire le sale boulot, pourquoi pas.
Patrick de Carolis sera d'autant plus acculé à restructurer que l'argent va manquer. Sarko a simplifié l'usine à gaz montée par la comission Copé. Ne demeurent, pour compenser la suppression de la pub, qu'une taxe de 0,9% sur le chiffre d'affaires des opérateurs de téléphonie et d'internet, et une autre sur les recettes publicitaires des chaines privées. Au total, 530 millions.
Cela ne suffira pas. Surtout si les opérateurs de télécoms sortent victorieux de la bataille de lobbying qu'ils vont mener à Bruxelles et à l'assemblée contre cette taxation.
"La vérité, c'est qu'en 2012 le prochain président de la République augmentera la redevance", convient-on à l'Elysée. Mais avant d'arroser, demain, le service public sarkozyen, il faut d'abord le paupériser avec cynisme. Une fois la cure d'amaigrissement terminée et un nouveau patron bien choisi, le président Sarko, coprince d'Andorre et tsar de toutes les télés, sera vraiment le roi.
Article par jean-michel Thénard, extrait du Canard Enchainé
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