Dans son discours du 4 avril sur la réforme de l’État, Nicolas Sarkozy a fait une déclaration fort révélatrice : « Ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c’est la réforme qui permettra les économies ».
Citation intéressante - où l’on reconnaît la patte de son conseiller spécial Henri Guaino - en ce qu’elle résume bien la philosophie de l’équipe actuellement au pouvoir : ce qui compte, c’est la réforme (qu’on ne voit d’ailleurs guère venir), les économies sont secondaires, elles ne sont pas en soi un objectif. Elle va dans le sens de ce qu’on entend sans cesse quand on ose évoquer l’idée de tailler dans le budget public : on brade !
Veut-on réduire le nombre de professeurs ? On brade l’enseignement ! Évoque-t-on la suppression de certains hôpitaux ? On brade notre système de santé ! Est-il question de réduire les dépenses de la Sécurité sociale ? On brade notre bien-aimée Sécu ! Rachida Dati veut-elle réorganiser la carte judiciaire ? On brade notre justice !
Derrière ces cris d’orfraie poussés par les conservateurs de tout poil, une croyance : la réussite d’une politique est liée aux moyens que l’on y met. Plus on dépense, plus ce sera efficace. Veut-on moins d’infirmières pour nous soigner, moins de policiers pour nous protéger, moins d’assistantes sociales pour nous tendre la main ? Si nous n’avons pas entendu cet argument mille fois, nous ne l’avons jamais entendu.
Cette position, en admettant qu’elle soit sincère, méconnaît une vérité essentielle : les économies sont un excellent principe de gestion, dans la mesure où elles sont source de rigueur (quelle horreur !) d’innovation et de dynamisme. Le principe est valable pour le privé comme pour le public, dans une grande entreprise comme dans une société familiale.
Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Au début des années soixante-dix, les voitures étaient très voraces en essence. 13,8 litres aux cent kilomètres pour une R16 TX de 1973. Arrive le choc pétrolier de 1974, bientôt suivi d’un second en 1979. Impossible de continuer à produire des voitures gaspilleuses d’énergie.
Obligés de s’adapter à cette nouvelle donne, les constructeurs se mobilisent, innovent et conçoivent des moteurs plus économes et tout aussi performants. En 1984, la R 25 V6 Turbo (plus puissante que son ancêtre la R16) ne réclame plus que 9,5 litres pour faire cent kilomètres. Aujourd’hui, une Laguna 3 en consomme 7,9 litres. Tout le monde s’y retrouve, les amoureux des voitures, qui bénéficient de performances similaires, les consommateurs, qui dépensent moins d’argent, et les amoureux de l’environnement, qui respirent un air moins vicié.
On pourrait prendre aussi l’exemple d’une personne trop forte. Elle a intérêt à maigrir : elle dépensera moins d’argent pour sa nourriture, se sentira mieux et tombera moins souvent malade. Il en est de même pour les dépenses sociales, la justice ou l’école. Démonstration.
Les écoles
Faut-il embaucher de nouveaux professeurs pour mieux enseigner nos enfants ? Non. Nous avons déjà l’un des plus forts taux d’encadrement des élèves en Europe : un professeur pour 11,29 élèves. Pour des résultats plus que médiocres : 20 % des élèves qui entrent en sixième ne maîtrisent pas correctement la lecture. Et ne parlons pas des bacheliers ! Il faut donc passer d’un encadrement pléthorique à un bon encadrement, pédagogiquement parlant.
Comment ? Par la pédagogie, justement. Vincent Laarman, président de SOS Éducation, le souligne : « La pédagogie moderne, et sa croyance selon laquelle l’élève doit construire son propre savoir, réclame des classes peu nombreuses, avec lesquelles on peut “dialoguer”, donc plus de professeurs.
La pédagogie traditionnelle et ses cours magistraux s’adaptent beaucoup mieux à des classes plus nombreuses ». À quoi il faut ajouter la discipline (honnie par les pédagogues officiels) : plus l’autorité règne dans une classe, mieux on travaille. Plus le calme et la sérénité règnent dans l’école, plus vite on pourra boucler le programme en vue du brevet ou du baccalauréat. Travail et discipline n’exigent pas de moyens supplémentaires, mais un état d’esprit différent.
La justice
Faut-il plus de tribunaux pour améliorer la justice en France ? Non. Mais la réforme de la carte judiciaire s’impose. La suppression d’une vingtaine de tribunaux de grande instance a été annoncée, et 80 des 476 tribunaux d’instance devraient être rayés de la carte. On peut certes estimer que ces mesures sont en retrait par rapport à ce qu’annonçait l’UMP durant la campagne des présidentielles. Côté cours d’appel (au nombre de 35 actuellement), aucune suppression n’a été annoncée à ce jour. Mais indéniablement, la carte judiciaire va commencer à se rapprocher de la démographie, rompant avec un immobilisme qui ne rapportait rien à personne.
« Le premier enjeu est d’améliorer la qualité et l’efficacité de la justice », expliquait au Cri Jean-René Lecerf, sénateur UMP du Nord (n° 38, 22 novembre 2007). Autre exemple d’économie, fourni par le chef de l’État lui-même, dans son discours du 4 avril : « Est-ce qu’il est besoin pour des audiences de procédure, pour signifier à un criminel dangereux [que l’on va] l’extraire de sa prison, de l’amener à son magistrat et de mobiliser pour ce faire les effectifs présents dans une petite ville avec tous les risques que cela présente ? Je propose la visioconférence. Si la visioconférence ne marche pas, on peut se demander si le magistrat ne peut pas se déplacer. » Ici se conjuguent économies, efficacité et sécurité.
Les dépenses sociales
Faut-il dépenser plus pour améliorer notre protection sociale ? Non. Nous pourrions, en faisant des économies, avoir un service rendu bien supérieur à ce qu’il est. Quelques exemples. Les dépenses de santé. Elles s’élèvent à 200 milliards, dont 156 milliards pour les soins et maladie. « On pourrait, estime Jacques Marseille (Le Cri n° 47), réduire cette somme de 20 à 30 %, soit 40 à 60 milliards. En fermant un tiers des hôpitaux, par exemple ». Serait-on moins bien soigné ? Non, mieux vaut des hôpitaux moins nombreux et mieux équipés que l’inverse.
La fraude. Elle fait perdre chaque année à la Sécu… personne ne sait combien. Les chiffres qui circulent sont effarants : 14 à 28 % des allocations chômage, d’après le rapport Tian, seraient frauduleuses. En 2005, 15 % des arrêts maladie seraient injustifiés. Sans parler des fausses cartes Vitale. Et tout est à l’avenant. Une véritable lutte contre ces dysfonctionnements ferait gagner plusieurs milliards à la collectivité.
Autre exemple : les retraites. Le système actuel est non seulement injuste, mais il est intenable. L’allongement de la durée de cotisation, mais aussi l’appel à la capitalisation, permettraient (permettront ?) à chacun de toucher des retraites supérieures à ce qu’elles sont actuellement.
Moins d’hôpitaux (mieux équipés), moins de fraudes, des retraites augmentées, autant de réformes qui allégeraient les dépenses sociales en les rendant plus efficaces. Ce qui permettrait aux entreprises, moins taxées, d’investir davantage et de mieux payer leurs salariés. Ceux-ci consommeraient plus et alimenteraient la machine économique.
Vu sur: www.contribuables.org













