Sarkozy à Davos

Premier président français à participer physiquement au forum de Davos, qui rassemble chaque année le gratin politique et des affaires de la planète, Nicolas Sarkozy est revenu sur son grand cheval de bataille depuis le G20 de Londres de 2009 : la régulation du système capitaliste.

sarkozy davos banquesSon prédécesseur Jacques Chirac avait été invité en 2005, mais il avait dû se contenter de s'exprimer par vidéoconférence, une tempête de neige l'empêchant de se rendre sur place.
La crise est "une crise de la mondialisation", a assuré Nicolas Sarkozy, lors de son discours inaugural du 40e Forum économique de Davos, mercredi 27 janvier. Appelant non à trouver un système alternatif au capitalisme mais à réfléchir au "capitalisme que nous voulons", le président français a affirmé qu'il fallait changer "les règles bancaires", "prudentielles" et "comptables", sans quoi "nous prenons des risques insoutenables avec l'avenir".

Barack Obama s'attaque aux banques


Le 40e forum de Davos (World economic forum, WEF), qui dure jusqu'au 31 janvier, devrait voir ses débats dominés par la reconstruction d'Haïti, la réforme du secteur financier et la crise sociale menaçante. Une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernements sont attendus, ainsi que des banquiers et les patrons des plus grands groupes mondiaux.
La régulation de la finance mondiale, à l'agenda des pays du G20 depuis avril, est devenue encore plus d'actualité après l'annonce du président américain Barack Obama, la semaine dernière, de mesures visant à limiter la taille et les activités spéculatives des banques afin de mettre fin aux excès ayant mené à la crise.
Les banquiers, qui ont recommencé à distribuer d'énormes bonus quelques mois à peine après avoir été renfloués à coup de milliards par les gouvernements, craignent que ces mesures ambitieuses n'inspirent d'autres pays.

Scepticisme de Londres

Le Conseil de stabilité financière (CSF), chargé de réfléchir à la réforme du secteur, les a saluées tandis que Paris a d'ores et déjà fait savoir, par la voix de sa ministre de l'Economie Christine Lagarde, qu'elles correspondaient "tout à fait aux positions que la France a soutenues".
L'Espagne qui assure la présidence tournante de l'Union européenne les a bien accueillies. Berlin a jugé ces propositions "utiles" tout en appelant à les "évaluer dans des discussions internationales". Quant au ministre britannique des Finances Alistair Darling, il s'est montré plus sceptique, notamment sur leur faisabilité.
Du côté du WEF, on reconnaît la nécessité de réformes du secteur. "Quelque chose ne va fondamentalement pas" dans le secteur financier, a estimé récemment le patron fondateur du Forum, Klaus Schwab. "Nous voulons confronter les dirigeants" à cette réalité, a-t-il assuré.

lobbying des banquiers

Mais les banquiers, attendus nombreux cette année (Deutsche Bank, UBS, Credit suisse, Société générale, Morgan Stanley), sont bien décidés à ne pas tout accepter et préparent, selon les analystes, une grande opération de lobbying à Davos. Voir aussi notre interview d'Elie Cohen sur ce sujet.
Les quelque 2.500 invités triés sur le volet, avec l'administration américaine réduite au principal conseiller économique du président, Larry Summers, auront donc du pain sur la planche pour parvenir à un consensus.
De même que sur les perspectives de croissance mondiale, tant les opinions sont partagées entre optimistes et ceux qui prévoit une rechute de l'économie mondiale, faute de relais aux plans de relance gouvernementaux.
La "crise sociale" qui constitue, selon le WEF, une des principales menaces de l'année 2010 en raison de la flambée du chômage, devrait également faire l'objet de nombreux débats.

Rendez-vous discrets


Enfin, deux semaines après le violent séisme qui a dévasté Haïti le 12 janvier, une session spéciale sera consacrée à la reconstruction long terme du pays en présence de l'ancien président américain Bill Clinton, devenu émissaire spécial des Nations Unies en Haïti.
Au-delà de ces questions, Davos devrait une nouvelle fois faire office de lieu de rencontres privilégié pour les invités de marque, offrant la possibilité de centaines de rendez-vous discrets en un minimum de temps. Le tout autour d'une coupe de champagne qui devrait couler de nouveau après une édition 2009 plus austère.

source: le NouvelObs

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